La patronne du Rassemblement national, Marine Le Pen, et Viktor Orban, alors Premier ministre hongrois, le 26 octobre 2026 à Budapest ( AFP / Attila KISBENEDEK )
Au lendemain de la défaite de Viktor Orban, le Rassemblement national peine à cacher son désarroi face à la perte de son principal allié européen. D'autant plus que Marine Le Pen avait reconnu que l'échec du Hongrois serait "incontestablement un frein" pour sa propre stratégie.
Hommage au vaincu. L'ex-homme fort de Budapest, qui a "accueilli respectueusement" les résultats de l'élection et "acté avec beaucoup d'élégance" cette "alternance" qui l'a chassé du pouvoir après seize années de règne.
Jordan Bardella et Marine Le Pen ont rapidement témoigné leur indéfectible soutien à ce "grand patriote", qui a si longtemps "défendu avec courage et détermination la liberté et la souveraineté de la Hongrie".
Des marques d'affection toutefois teintées d'amertume, à l'encontre des "institutions européenne" dont les "accusations incessantes" et "grotesques" comparant la Hongrie à une "dictature" étaient "infondées" à leurs yeux.
Pas question de prendre leurs distances avec celui que Mme Le Pen avait érigé en "symbole de (la) résistance" à la Commission européenne d'Ursula von der Leyen.
Au point de venir le soutenir dans son pays, trois semaines avant les législatives, pour dramatiser l'enjeu à l'orée d'une année 2027 "absolument fondamentale" avec des "élections majeures" en France, mais aussi en Italie, en Espagne et en Pologne, qui pourraient donner au camp nationaliste "les moyens de changer radicalement l'avancée de l'Union européenne de l'intérieur".
La patronne du RN ajoutait avoir "besoin aussi de la Hongrie pour mener cette entreprise à bien" et reconnaissait que la défaite de M. Orban ne serait "pas un coup d'arrêt mais incontestablement un frein" à ce grand dessein.
Quitte à passer outre ses nombreuses "divergences" avec cet allié ouvertement trumpiste, notoirement proche de Moscou, pointé pour sa dérive illibérale et ses atteintes aux droits des homosexuels.
"Nous ne sommes pas des clones", disait-elle, justifiant aussi que son associé bloque un prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine car "il défend(ait) les intérêts de son pays".
- "Comme aux échecs" -
De droite à gauche : Viktor Orban, alors Premier ministre hongrois; Jordan Bardella et Marine Le Pen; le leader du parti d'extrême droite espagnol Vox Santiago Abascal et le ministre italien des Transports, Matteo Sal, le 9 juin 2025 à Mormant-sur-Vernisson (Loiret) ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )
Juste renvoi d'ascenseur à ce partenaire fidèle, qui avait apporté l'an dernier un appui sans réserve à la cheffe de file du parti à la flamme après sa condamnation en première instance: "Je suis Marine!", avait écrit le jour même le Hongrois sur les réseaux sociaux.
Deux mois plus tard, il était même venu jusqu'à Montargis (Loiret), pour un meeting avec les autres alliés européens du RN, afin d'encourager cette "combattante courageuse, (qui) ne vous trahit jamais (et) suit toujours la loi de l'honneur".
Une démonstration de loyauté pas non plus désintéressée de la part de celui qui comptait aussi sur la France pour "sauver la Hongrie de la guillotine bruxelloise".
Son parti, le Fidesz, n'a pourtant rejoint qu'en 2024 la coalition des Patriotes pour l'Europe, emmenée par M. Bardella au Parlement européen. Longtemps, M. Orban est resté affilié aux démocrates-chrétiens du PPE avant d'en être exclu en 2021 et de se rapprocher de l'extrême droite.
Ses dix élus permettent aujourd'hui au jeune président du RN de s'afficher à la tête du troisième groupe parlementaire européen, capable de faire pencher des majorités comme dernièrement sur le Mercosur ou l'immigration. Influence partagée avec les conservateurs du groupe CRE, dominé par les Italiens du parti de Giorgia Meloni, toujours aux commandes à Rome.
Les Patriotes, eux, ne sont plus représentés que par le Tchèque Andrej Babis parmi les chefs d'Etat ou de gouvernements de l'UE.
Pour se réconforter, un proche de Marine Le Pen voit dans la chute de Viktor Orban une simple "péripétie électorale", liée à la "lassitude" des Hongrois mais qui "ne change pas grand chose" à l'échelle du continent: "Tous les pays sont en train de basculer. Comme aux échecs, ce n'est pas parce que vous perdez une pièce que vous perdez la partie."
A condition d'avoir les moyens de jouer: en 2022, une banque hongroise avait prêté plus de 10,6 millions d'euros à la candidate pour sa troisième course à l'Elysée. Mais la donne vient de changer.

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